CONGRES 2024 de la S.F.S. PARIS

INTERVENTION DE YANNICK FRIEH, directeur E.S.S.A. STRASBOURG lors du congrès annuel de la S.F.S. à PARIS le samedi 30 novembre 2024 à 16H30...
"Du Corps Vivant au corps Parlant...en Mouvement: une Parole incarnée."
Du corps vivant au Corps parlant… en Mouvement :
Une parole incarnée.
Préambule :
La présentation de cet intitulé décrit parfaitement le travail
mis en avant au cours de la pratique sophrologique, processus
à entretenir en continu, et cela quelle que soit la
problématique de départ déposée par le consultant.
En effet, le mouvement laisse entrevoir progressivement une
évolution significative, dynamique et certes parfois complexe,
dans la perception et l’expérience vécue du corps propre,
mais aussi du mouvement des idées, des pensées, des
émotions et du sens de l’existence.
Le corps dans sa dimension biologique est certes le support
de la vie, qui fait de nous des êtres humains, sensibles et
instables, mais c’est aussi l’élément incontournable de
l’expression verbale de chaque individu.
Un corps vivant est un corps en mouvement, un corps qui
s’exprime, qui pense, qui transforme le monde qui l’entoure,
dans lequel il évolue dans sa relation présentielle.
La dimension expressive et communicative du corps habité
sous-tend une parole incarnée, un langage ancré dans notre
expérience corporelle, sensorielle qui mobilise une nouvelle
dynamique énergétique dans l’investissement du
redéploiement de la personne dans le monde.
La Sophrologie Existentielle participe à développer la
conscience de soi, de l’autre, du monde et invite à une
réflexion sur la nature de l’être humain, sachant qu’il n’y a pas
de modèle d’être au monde et souligne l’importance du corps
vécu dans la communication.
C’est avec toute humilité, que mon parcours et mes
expériences sur le terrain en tant que Sophrothérapeute,
Psychopraticien en sophrologie existentielle et directeur de
l’école de formation ESSA Colmar durant 24 ans et aujourd’hui
à Strasbourg depuis 1 an, me donnent les moyens de partager
avec vous chers collègues, mon regard et ma réflexion sur
notre méthode de travail en commun qu’est la Sophrologie, et
en ce qui me concerne la Sophrologie Existentielle, approche
phénoménologique dans l’accompagnement de mes
consultants.
Le tout pouvant également être associé à une philosophie de
la vie, de la condition humaine et à ses valeurs, du sens donné
à l’existence pour chacune et chacun d’entre nous et comme
le dit Irwin Yalom dans son livre « la thérapie existentielle :
apprendre à vivre. », notre approche nous permet également
de mettre entre parenthèses notre quotidien, le monde du
faire, de nous en distancier pour réfléchir intensément à
notre situation dans le monde, à notre existence et nous
confronter immanquablement à ces fondements existentiels
que sont notre mort, notre liberté, notre isolement et notre
quête de sens.
Si la sophrologie s’est inscrite progressivement à partir des
années 1980 dans les activités de mieux-être, de
développement personnel…la sophrologie existentielle relève
à ce jour et ce depuis 2008, par l’engagement de Danièle
Raynal, ancienne collaboratrice de Alfonso Caycedo à cette
reconnaissance, d’une méthode thérapeutique, dite à
médiation corporelle, agréée par la Fédération Française de
Psychothérapie et de Psychanalyse (FF2P) et par l’Association
Européenne de Psychothérapie (EAP). Elle fait partie du
champ des thérapies dites humanistes ou expérientielles
centrée sur la personne dans l’ici et maintenant.
Comme à toute époque, le monde change et se dit moderne
avec tous les changements divers comme les développements
technologiques, les nouveaux critères sociaux de réussite et
d’épanouissement, qui modifient notre rapport au monde, à
notre corps et donc à nous même : ainsi, chaque système crée
de nouveaux symptômes, de nouvelles problématiques.
Cette accélération / précipitation au temps, cette recherche
de la performance entre autres, laissent à l’homme
d’aujourd’hui le sentiment de ne plus être vraiment l’acteur
de son existence avec toutes les conséquences que cela peut
engendrer vis-à-vis de lui-même, de sa confiance et estime de
soi, de son regard et de sa compréhension des autres et du
monde.
Se reconnecter à soi et d’en reconnaître la singularité et la
légitimité, telle est la proposition de la sophrothérapie : il
s’agit de se reconnecter avec tout ce qui relève de notre
intériorité, de notre sensibilité, de nos émotions - fruit de
notre histoire -, de notre imaginaire, de notre capacité de
symbolisation et surtout d’être en lien, cohérence avec soi,
l’autre et le monde.
C’est ainsi, avec humour que je vous partage cette
formulation « Ne me réduisez pas la sophrologie qu’à de la
détente ! »
L’intitulé de mon intervention « Du corps à vivre au corps
parlant en mouvement : une parole incarnée » en ce jour du
Congrès, sous-tend cette dynamique riche et complexe qui
relie le corps physique à nos expériences sensorielles et à
notre capacité à exprimer librement et authentiquement nos
ressentis, nos émotions et nos pensées à travers le langage.
En effet, notre corps n’est pas seulement et simplement un
contenant de notre âme ou de notre esprit, mais il est assuré
selon nos parcours de vie propres à chacun de nous, qu’il est
activement impliqué dans la construction de notre identité et
de nos interactions avec les autres dans le monde…dit
autrement, il s’agit de reconnaître cette intersection entre le
biologique, le psychologique et le social relationnel.
Cette présentation nous amène à considérer l’être humain
dans sa globalité, en tenant compte de ses dimensions
corporelle, affective et langagière. Notre corps n’est pas un
simple objet bien au contraire, mais le moyen et l’instrument
d’expression, de création et de relation avec le monde.
En tant qu’entité vivante et sensible, notre corps se
transforme à travers l’acte de parler : en effet, il ne s’agit pas
d’une simple émission de sons, mais d’une véritable
incarnation de la pensée, du ressenti et de l’identité.
Etant intimement liés, notre corps et notre parole nous
amènent à développer une meilleure conscience de nous-
mêmes ainsi que de notre redéploiement et de nos
interactions avec les autres.
Le passage du corps vivant au corps parlant en mouvement
met en avant l’idée que notre corps, au-delà d’être
simplement un organisme biologique, soumis aux lois de la
nature, aux émotions, aux instincts… qui ressent, éprouve et
interagit avec son environnement, est profondément lié à
notre expérience subjective et donc à notre langage.
Tel est le regard scientifique du corps, un ensemble de
systèmes organiques interagissant.
Le corps parlant emprunté à la psychanalyse lacanienne
souligne l’importance du langage dans la construction de
notre subjectivité : investi de significations, de symboles et
d’histoires personnelles, notre corps devient parlant lorsqu’il
est investi de sens par la parole qu’il exprime, les désirs, les
souffrances, les joies…
Le passage concrétise le lien entre le corps et la parole, le
mouvement souligne la dynamique constante de notre
existence, l’idée que nous sommes des êtres en devenir, en
perpétuelle transformation, en constante évolution,
s’adaptant à son environnement, exprimant ses émotions, à
raconter des histoires à travers des gestes, postures, ton de
voix…nous sachant pas finis, notre parole n’est pas seulement
un ensemble de mots abstraits, mais elle est profondément
ancrée dans notre corps, dans nos expériences vécues ; elle
porte la marque de notre histoire , de nos émotions et de
notre singularité.
Cette parole incarnée est souvent considérée comme un acte
performatif, à savoir que la personne réalise une action par le
fait même de son énonciation, qui ne se contente pas de
vivre, mais qui agit sur le monde et sur nous-même.
A ce stade là de mon propos, il est parfaitement bienvenu de
faire référence à nos théoriciens philosophes de notre
courant phénoménologique existentiel tel que Husserl et
Heidegger pour légitimiser et crédibiliser notre travail
sophrologique thérapeutique.
Figure majeure de la phénoménologie, Husserl met en avant
l’importance capitale de l’expérience vécue du corps, au
travers du terme allemand « Leib » à savoir le corps propre, le
corps vécu.
Siège de nos expériences, de nos sensations, de nos
émotions, c’est à travers lui que nous faisons l’expérience du
monde, que nous le percevons et le comprenons.
C’est le fondement de notre expérience du monde, lieu où se
déploient et se développent nos prises de conscience, nous
permettant de porter un regard nouveau sur nous- même, sur
notre propre existence et sur notre rapport au monde.
En effet, le travail sophrologique par le biais des différents
degrés des pratiques et de son entretien continu dans la
répétition vivantielle, vient mobiliser les caractéristiques du
Leib comme la mienneté, terme philosophique peu courant
avec pour synonyme l’égoïté, à savoir qu’il est avant tout
mien, indissociable de ma conscience et qui me permet de
me percevoir comme un être unique, distinct des autres et
donc intimement lié à notre être et au fait d’être soi-même.
La motilité sous-tend un corps qui agit, se meut dans l’espace
et cette dimension est essentielle pour comprendre notre
rapport et regard au monde, animée par une force vitale qui
nous amène à nous engager consciemment dans nos actions,
à faire des choix et à prendre des décisions.
De là, il en découle la spatialité du Leib qui occupe une place,
se situe et se constitue dans l’espace à partir de notre
expérience du monde et nous permet par la suite de nous
orienter, de prendre des directions propres à nos
agissements.
L’expérience d’une temporalité nouvelle par le corps vécu
permet de revisiter l’histoire liée à la mémoire, à l’anticipation
et à la conscience de soi pour façonner notre manière d’être
au monde.
Dans la continuité de ces propos, Heidegger ne peut pas ne
pas être un de nos référents théoriquement philosophiques
pour crédibiliser notre posture d’accompagnant -
sophrothérapeute et surtout de valoriser l’expérience
vivantielle de la pratique sophrologique.
Dans Être et Temps, son œuvre principale, il met en avant le
corps vécu comme un élément constitutif de notre être au
monde, à savoir une réalité vécue, intimement liée à notre
parcours de vie, à notre perception, à notre regard et à notre
engagement dans le monde …et donc à un Mode d’être au
monde.
Le corps vivant représente concrètement ce lieu d’être au
monde où se trouvent enfouies nos capacités, nos possibilités
d’être, à savoir cet espace où se joue notre rapport à l’être en
soi.
Ce terrain de « Je » conscient – le Moi Phronique – contribue
à réguler la rythmique de notre parcours de vie en tenant
compte de cette temporalité interne, au rythme de ma
respiration consciente, participative dans la mise en œuvre de
nos potentialités et à l’ouverture de notre champ de
conscience.
En effet, l’être humain n’est pas un présent figé, mais un être
en mouvement, projeté et tourné vers un advenir, habité par
le passé qu’il soit satisfaisant ou douloureux et vivant
consciemment dans le présent.
Cette configuration souligne l’imbrication profonde entre
l’homme et son environnement, n’étant pas isolé dans le
monde mais en relation constante avec le monde qui
l’entoure et dans lequel il se positionne en s’éprouvant
consciemment.
La réduction sophrologique, « principe actif de notre
médicament », contribue certes à nous ancrer dans l’instant
présent, de façon plus ou moins plus sereine, libéré du passé
et du futur, dégagé-affranchi de tous les contenus mentaux
pour développer cette conscience phénoménologique, de
percevoir le monde tel qu’il est, comme si c’était la première
fois sans jugement ni interprétation, un monde nouveau.
Cet espace environnant, nouveau dans notre perception et
notre regard, est donc un lieu de déploiement des possibilités
de l’être, des actions à venir et de compréhensions nouvelles.
Cet être là est un être avec les autres, dont les relations
interpersonnelles sont essentielles à la constitution de son
identité, de sa singularité et qui se définit en partie par les
relations avec les autres.
De ce corps vivant, de cet être là au corps parlant, concept au
cœur de la réflexion de Merleau-Ponty, le corps vivant est
bien plus qu’une enveloppe biologique, qu’un simple objet
dans le monde au service de la pensée, mais du coup, un
véritable lieu d’émergence du langage.
L’entretien continu du schéma corporel dans sa réalité vécue
qui contribue à notre perception du monde et de nos actions,
de manière subjective et intersubjective, nous permet de
nous situer dans le monde et d’entrer en relation avec les
autres : de ce fait, le langage est une expression de notre
corps propre et donc parler, ne relève pas d’une simple
externalisation de nos pensées préexistantes, mais d’un
processus dynamique en conscience, de mettre en mots notre
expérience vécue présentement, et donc notre façon d’être
au monde.
Le langage incarné est une manière de donner sens à nos
émotions, sensations, perceptions et donc à notre sentiment
d’être là, d’être le Là dans le monde.
Le concept de dasein propre à Heidegger vient confirmer que
l’être là -traduction de base en français- n’est pas simplement
un individu parmi d’autres dans le monde, mais un être
différent qui se différencie par sa capacité à se poser la
question de son être, un être qui est toujours déjà là, à savoir
un être situé dans un monde qu’il habite, qu’il investit et qu’il
co - construit.
Cette capacité de Réflexivité est le cœur de l’expérience
humaine ; détaché de lui-même, il s’autorise à se regarder
comme un objet d’investigation, cet être jeté dans un monde
qui implique une compréhension implicite du monde, une
certaine familiarité avec les objets et les diverses situations à
vivre et à partager.
Cette dynamique de la conscience de soi ne peut pas ne pas
révéler la fragilité de notre existence et la finitude de notre
existence, à savoir la Mort.
Cette angoisse, émotion fondamentale du Dasein, peut
l’amener soit à fuir en se réfugiant dans des activités
inauthentiques – faire pour faire – soit à s’accepter tel qu’il
est et à vivre présentement une existence parfaitement
authentique, en totale harmonie avec lui-même, ses besoins,
ses désirs et envies, au service de tout son être.
Positivement, cette angoisse nous pousse à nous interroger
sur le sens de notre vie, à porter toute notre attention sur nos
capacités à poursuivre le chemin, pas à pas, debout, la tête
haute et à partager librement nos pensées par nos paroles
incarnées.
Si la sophrologie existentielle relève d’une approche
holistique de l’être humain, il est évident qu’un
accompagnement sophrothérapeutique accorde une
importance capitale à l’incarnation de la parole.
En effet, loin d’être un simple outil de communication, la
parole incarnée se veut être un vecteur puissant de
transformation intérieure, au travers d’une exploration
intérieure, d’un moyen de se connecter à soi-même et au
monde qui nous entoure et d’éveiller cette conscience de soi.
L’accompagnement sophrothérapeutique vient préciser
l’apport de la pratique sophrologique dans l’importance
valorisée de cette parole incarnée, partagée lors de la phéno-
description dans cet espace de confiance où le consultant se
sent en sécurité pour se confier et progressivement favoriser
le développement du processus de restauration des assises
profondes, à savoir narcissiques.
Si la sophrologie est l’étude et la connaissance de la
conscience humaine et des moyens divers par lesquels celle-ci
peut être apaisée, éveillée, en mouvement créatif, elle est
également une psychothérapie à médiation corporelle,
maintenant le lien entre langage, imaginaire, symbole et bien
entendu corporalité.
Antonio Damasio, neurologue renommé, a grandement
contribué à révolutionner notre compréhension de la
conscience et de l’esprit en mettant en avant le rôle central
du corps dans nos processus cognitifs, y compris le langage.
La parole est une expérience corporelle complexe du fait que
les émotions colorent nos paroles, de part nos souvenirs
sensoriels relevant de nos expériences passées et en font des
paroles plus expressives.
Les neurosciences ont confirmé l’implication des mécanismes
cérébraux sous-jacents à la production et à la compréhension
du langage :il rappelle que les pensées et les émotions ne
sont pas uniquement des produits de notre cerveau, mais
qu’elles sont profondément ancrées dans les sensations
corporelles. Associées à des changements physiologiques,
notre expérience subjective en est sous l’influence.
De plus, l’interconnexion entre le corps et l’esprit confirment
la complexité de la communication humaine et les difficultés
d’échanges avec les autres.
La parole incarnée est une manifestation de notre être tout
entier, un reflet de nos expériences, de nos émotions et bien
entendu de notre histoire personnelle.
Le concept de marqueurs somatiques relève de signaux
physiologiques associés à des expériences émotionnelles
vécues par le passé positives ou négatives et sont des signaux
qui agissent comme des sortes de « balises » qui impactent
nos choix et nos décisions. Ils nous permettent d’anticiper les
conséquences de nos actions et d’orienter nos
comportements et donc nos paroles incarnées, de manière à
maximiser les récompenses et les satisfactions nouvelles et de
minimiser les punitions et les déceptions.
L’incarnation est un processus dynamique qui nous ouvre à de
nouvelles perspectives et enrichi notre compréhension de ce
qui fait de nous des êtres humains.
Tout comme le soulignait Jacques Donnars, l’incarnation est
un processus certes dynamique, mais également créateur de
sens et dont la parole incarnée en est la singularité, à savoir
l’être au monde, en tant que sujet une parole qui porte une
vibration qui se ressent physiquement tant chez celui qui
parle que chez celui qui écoute ; une parole qui émerge de
l’inconscient et qui permet d’exprimer des émotions,
sensations et des pensées enfouies, souvent inaccessibles par
la pensée rationnelle ; une parole qui transforme en donnant
une voix à des non-dits.
Du point de vue pratico-pratique, la mise en place de l’état
modifié de conscience au travers de la mobilisation
respiratoire, un état particulier de transe permet l’accès du
consultant plus ou moins rapidement aux processus
inconscients, à des ressentis, à des émotions qui vont
l’amener à une liberté d’expression de mots, d’images, de
fantasmes, de pensées qu’il n’a pas naturellement l’habitude
d’émettre en dehors de ce cadre d’Alliance dans
l’accompagnement.
La sophrothérapie est certes une démarche de rencontre de
soi dans une première étape de Découverte, d’explorer son
monde intérieur, puis de Conquête, à savoir de renforcer son
estime de soi en développant sa confiance en soi, et de
Transformation psycho – neuro – émotionnelle, et donc
hormonale, mais c’est évidemment, également une démarche
de rencontre de l’autre.
En parlant, nous exprimons non seulement nos pensées
conscientes, mais aussi des aspects plus profonds de notre
psyché, souvent inconscients : la parole incarnée devient ainsi
un miroir qui reflète nos émotions, nos désirs, nos peurs, nos
contradictions et donc un outil précieux pour la croissance
personnelle.
Le fait d’exprimer ce qu’on vit, ce que l’on reçoit lors d’une
relaxation, permet à la personne de se rendre compte de ces
scénario de pensées, de ses croyances limitantes et de ses
comportements répétitifs dans lesquels elle peut en réaliser,
en être à l’origine et se sentir y être bloqué, enfermé : le
processus de conscientisation va renforcer leur intégration et
leur compréhension.
L’accompagnement sophrothérapeutique en fonction de sa
durée, apporte progressivement de nombreux bienfaits que la
parole incarnée, à savoir l’expressivité de cette individualité
viendra épanouir pleinement et en écoutant la parole de
l’autre, a favoriser l’empathie, créant un espace de dialogue
plus profond et plus sincère, participant grandement à
communiquer de manière plus constructive et à résoudre les
conflits de manière pacifique.
Pour rappel, l’empathie est la capacité de comprendre, de se
représenter et de ressentir les émotions d’autrui ; ainsi fait, la
parole incarnée agit comme un vecteur intense pour éveiller
cette résonnance empathique, car elle transmet non
seulement le contenu intellectuel, mais aussi l’émotion et
l’intention profonde.
L’empathie se veut naturelle lorsqu’on écoute une parole
incarnée, qui laisse transparaître les nuances émotionnelles
et ouvre à une écoute active, plus profonde de l’autre.
En effet, la manière dont nous parlons, le ton, les gestes, la
posture, a un impact considérable sur la façon dont nous nous
percevons et surtout comment les autres nous perçoivent : de
ce fait, la parole incarnée est intimement liée à l’estime de
soi : un langage corporel fermé, pauvre, inauthentique
viendra alimenter des doutes et affaiblir l’estime de soi.
En effet, une parole incarnée peut révéler la vulnérabilité de
celui qui parle, ce qui amène l’autre à répondre avec
empathie, en se sentant compris dans sa propre humanité, à
savoir une vulnérabilité partagée.
L’empathie mise en action est un premier pas vers la
compassion où la parole incarnée peut apaiser, rassurer ou
encourager, favorisant une réponse compassionnelle
authentique.
Si le concept de parole incarnée relève du lien profond entre
le corps et le langage, cette parole est une manifestation
physique habitée de notre pensée et de notre être, et donc
l’expression de l’énergie vitale qui anime chaque être humain.
Sans aller plus loin dans cet aspect faisant référence à
Wilhelm Reich, ardent défenseur de la libération sexuelle, la
parole incarnée est un outil indispensable pour lutter contre
la répression sexuelle et permettre à chacun de vivre sa
sexualité de manière plus libre et épanouie. L’orgone terme
employé par Reich, anime tout être vivant ; la parole en est
une manifestation authentique et originale, dès l’instant où
au travers de la réactualisation continue du schéma corporel
dans sa forme, la base même de l’accompagnement
sophrologique, l’armure musculaire se décharge, se dégage
consciemment des blocages émotionnels, s’assouplie en
favorisant une meilleure intégration de soi.
Avant de conclure, je vous partage une citation de Saint-Jean :
« Et le verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
A première vue, ces paroles peuvent paraître mystérieuses,
voire même bizarres : tout compte fait, tout homme est né, il
est devenu chair pour habiter parmi les hommes dans le
monde.
C’est ainsi que vient au monde le petit de l’homme : cette
chair a un nom ; chair et nom forment un corps et confirment
le lieu inaliénable du sujet qui parle en ce lieu et en ce nom.
Le sujet qui parle, c’est le rapport des deux - chair et nom -,
qui les lie et les relie et c’est par, dans et à travers ce rapport
qu’il se rend présent à lui-même et aux autres, qu’il se
représente parmi les autres.
C’est en lui donnant une chair et en lui nommant un nom, que
les parents accueillent l’enfant et lui donnent la possibilité de
recevoir, d’accéder et de prendre la parole.
Parole incarnée, il habite certes parmi les hommes, mais il
s’agit d’avoir une parole pour être le sujet d’une histoire et
d’un discours. Lorsqu’une parole ne vient pas conjuguer la
chair et le nom de l’enfant, tout se passe de tel sorte que
l’enfant ne parvient pas à habiter son corps.
Cette déshabitation du corps par la parole rend l’enfant
étranger à lui-même et aux autres jusqu’à dire qu’il n’est pas
normal, en tout cas pas comme les autres.
C’est ainsi qu’il se vit comme exclu de lui-même et donc il
n’habite pas parmi les autres : n’ayant aucune place, il se
cherche indéfiniment et le manque de parole n’établit pas ce
rapport d’identité.
Il est certes là, absent de lui-même sous les apparences de la
présence : il n’a pas reçu la lumière de la parole qui éclaire
tout petit de l’homme venant en ce monde, qui le situe dans
l’espace et le temps d’une vie, dans une histoire.
Pour terminer cette présentation, c’est avec humour que je
vous partage ma parole : « moi, je sais pourquoi je me
relaxe. »
Un travail sophrothérapeutique a pour but un changement,
une transformation, une évolution et plus particulièrement la
découverte d’une autre façon de vivre, de se vivre et d’être au
monde : il s’agit d’un processus qui permet un mouvement de
la psyché à partir d’un corps à vivre, un corps vivant.
Ce mouvement est une invitation continue à découvrir, voire à
redécouvrir notre propre corps comme lieu de notre être au
monde, un lieu d’expériences riches, complexes et
vivantiellement participatif à notre bien-être psychologique, à
savoir un corps parlant, une parole incarnée.
La parole incarnée est un processus dynamique , un outil de
transformation, permettant de mieux se connaître, d’exprimer
une vérité intérieure qui signifie que ce qui est dit n’est pas
dissocié de ce qui est ressenti et vécu et elle donne l’accès à
un redéploiement vivant, à savoir notre humanicité, et bien
que le terme soit peu reconnu et pas défini de manière
formelle dans les dictionnaires, l’humanicité sous-tend
l’ensemble des traits, valeurs ou comportements définissant
les êtres humains dans leur rapport au monde avec les autres
comme si c’était la première fois, en contraste avec une
société focalisée sur la technologie, le profit, la perfection et
l’individualisme.
L’ensemble des éléments mis en relief lors de mon
intervention, relève de manière concrète des différents
accompagnements sophrothérapeutiques dont la durée et
l’impact du processus sophrologique sont propres à chaque
consultant et bien entendu, que la relation d’alliance
thérapeutique contribue parfaitement au mouvement de
transformation, à savoir l’ouverture du champ de conscience
pour tendre à un positionnement d’être habité, sécurisé, à
une parole incarnée, authentique dans un redéploiement au
monde et avec les autres en plein épanouissement.
« C’est possible certes, mais n’étant pas des êtres finis, nous
ne pouvons pas ne pas reconnaître que nous sommes des
êtres fragiles, à la fois porteurs de nos potentiels d’advenir, de
bien -être et de nos peurs en vue de notre finitude. »
Merci pour votre écoute et votre attention…
YANNICK FRIEH, directeur ESSA Strasbourg, Psychopraticien