CONGRES 2024 de la S.F.S. PARIS

INTERVENTION DE YANNICK FRIEH, directeur E.S.S.A. STRASBOURG lors du congrès annuel de la S.F.S. à PARIS le samedi 30 novembre 2024 à 16H30...

"Du Corps Vivant au corps Parlant...en Mouvement: une Parole incarnée."


Du corps vivant au Corps parlant… en Mouvement :

Une parole incarnée.

Préambule :

La présentation de cet intitulé décrit parfaitement le travail

mis en avant au cours de la pratique sophrologique, processus

à entretenir en continu, et cela quelle que soit la

problématique de départ déposée par le consultant.

En effet, le mouvement laisse entrevoir progressivement une

évolution significative, dynamique et certes parfois complexe,

dans la perception et l’expérience vécue du corps propre,

mais aussi du mouvement des idées, des pensées, des

émotions et du sens de l’existence.

Le corps dans sa dimension biologique est certes le support

de la vie, qui fait de nous des êtres humains, sensibles et

instables, mais c’est aussi l’élément incontournable de

l’expression verbale de chaque individu.

Un corps vivant est un corps en mouvement, un corps qui

s’exprime, qui pense, qui transforme le monde qui l’entoure,

dans lequel il évolue dans sa relation présentielle.

La dimension expressive et communicative du corps habité

sous-tend une parole incarnée, un langage ancré dans notre

expérience corporelle, sensorielle qui mobilise une nouvelle

dynamique énergétique dans l’investissement du

redéploiement de la personne dans le monde.

La Sophrologie Existentielle participe à développer la

conscience de soi, de l’autre, du monde et invite à une

réflexion sur la nature de l’être humain, sachant qu’il n’y a pas

de modèle d’être au monde et souligne l’importance du corps

vécu dans la communication.

C’est avec toute humilité, que mon parcours et mes

expériences sur le terrain en tant que Sophrothérapeute,

Psychopraticien en sophrologie existentielle et directeur de

l’école de formation ESSA Colmar durant 24 ans et aujourd’hui

à Strasbourg depuis 1 an, me donnent les moyens de partager

avec vous chers collègues, mon regard et ma réflexion sur

notre méthode de travail en commun qu’est la Sophrologie, et

en ce qui me concerne la Sophrologie Existentielle, approche

phénoménologique dans l’accompagnement de mes

consultants.

Le tout pouvant également être associé à une philosophie de

la vie, de la condition humaine et à ses valeurs, du sens donné

à l’existence pour chacune et chacun d’entre nous et comme

le dit Irwin Yalom dans son livre « la thérapie existentielle :

apprendre à vivre. », notre approche nous permet également

de mettre entre parenthèses notre quotidien, le monde du

faire, de nous en distancier pour réfléchir intensément à

notre situation dans le monde, à notre existence et nous

confronter immanquablement à ces fondements existentiels

que sont notre mort, notre liberté, notre isolement et notre

quête de sens.

Si la sophrologie s’est inscrite progressivement à partir des

années 1980 dans les activités de mieux-être, de

développement personnel…la sophrologie existentielle relève

à ce jour et ce depuis 2008, par l’engagement de Danièle

Raynal, ancienne collaboratrice de Alfonso Caycedo à cette

reconnaissance, d’une méthode thérapeutique, dite à

médiation corporelle, agréée par la Fédération Française de

Psychothérapie et de Psychanalyse (FF2P) et par l’Association

Européenne de Psychothérapie (EAP). Elle fait partie du

champ des thérapies dites humanistes ou expérientielles

centrée sur la personne dans l’ici et maintenant.

Comme à toute époque, le monde change et se dit moderne

avec tous les changements divers comme les développements

technologiques, les nouveaux critères sociaux de réussite et

d’épanouissement, qui modifient notre rapport au monde, à

notre corps et donc à nous même : ainsi, chaque système crée

de nouveaux symptômes, de nouvelles problématiques.

Cette accélération / précipitation au temps, cette recherche

de la performance entre autres, laissent à l’homme

d’aujourd’hui le sentiment de ne plus être vraiment l’acteur

de son existence avec toutes les conséquences que cela peut

engendrer vis-à-vis de lui-même, de sa confiance et estime de

soi, de son regard et de sa compréhension des autres et du

monde.

Se reconnecter à soi et d’en reconnaître la singularité et la

légitimité, telle est la proposition de la sophrothérapie : il

s’agit de se reconnecter avec tout ce qui relève de notre

intériorité, de notre sensibilité, de nos émotions - fruit de

notre histoire -, de notre imaginaire, de notre capacité de

symbolisation et surtout d’être en lien, cohérence avec soi,

l’autre et le monde.

C’est ainsi, avec humour que je vous partage cette

formulation « Ne me réduisez pas la sophrologie qu’à de la

détente ! »

L’intitulé de mon intervention « Du corps à vivre au corps

parlant en mouvement : une parole incarnée » en ce jour du

Congrès, sous-tend cette dynamique riche et complexe qui

relie le corps physique à nos expériences sensorielles et à

notre capacité à exprimer librement et authentiquement nos

ressentis, nos émotions et nos pensées à travers le langage.

En effet, notre corps n’est pas seulement et simplement un

contenant de notre âme ou de notre esprit, mais il est assuré

selon nos parcours de vie propres à chacun de nous, qu’il est

activement impliqué dans la construction de notre identité et

de nos interactions avec les autres dans le monde…dit

autrement, il s’agit de reconnaître cette intersection entre le

biologique, le psychologique et le social relationnel.

Cette présentation nous amène à considérer l’être humain

dans sa globalité, en tenant compte de ses dimensions

corporelle, affective et langagière. Notre corps n’est pas un

simple objet bien au contraire, mais le moyen et l’instrument

d’expression, de création et de relation avec le monde.

En tant qu’entité vivante et sensible, notre corps se

transforme à travers l’acte de parler : en effet, il ne s’agit pas

d’une simple émission de sons, mais d’une véritable

incarnation de la pensée, du ressenti et de l’identité.

Etant intimement liés, notre corps et notre parole nous

amènent à développer une meilleure conscience de nous-

mêmes ainsi que de notre redéploiement et de nos

interactions avec les autres.

Le passage du corps vivant au corps parlant en mouvement

met en avant l’idée que notre corps, au-delà d’être

simplement un organisme biologique, soumis aux lois de la

nature, aux émotions, aux instincts… qui ressent, éprouve et

interagit avec son environnement, est profondément lié à

notre expérience subjective et donc à notre langage.

Tel est le regard scientifique du corps, un ensemble de

systèmes organiques interagissant.

Le corps parlant emprunté à la psychanalyse lacanienne

souligne l’importance du langage dans la construction de

notre subjectivité : investi de significations, de symboles et

d’histoires personnelles, notre corps devient parlant lorsqu’il

est investi de sens par la parole qu’il exprime, les désirs, les

souffrances, les joies…

Le passage concrétise le lien entre le corps et la parole, le

mouvement souligne la dynamique constante de notre

existence, l’idée que nous sommes des êtres en devenir, en

perpétuelle transformation, en constante évolution,

s’adaptant à son environnement, exprimant ses émotions, à

raconter des histoires à travers des gestes, postures, ton de

voix…nous sachant pas finis, notre parole n’est pas seulement

un ensemble de mots abstraits, mais elle est profondément

ancrée dans notre corps, dans nos expériences vécues ; elle

porte la marque de notre histoire , de nos émotions et de

notre singularité.

Cette parole incarnée est souvent considérée comme un acte

performatif, à savoir que la personne réalise une action par le

fait même de son énonciation, qui ne se contente pas de

vivre, mais qui agit sur le monde et sur nous-même.

A ce stade là de mon propos, il est parfaitement bienvenu de

faire référence à nos théoriciens philosophes de notre

courant phénoménologique existentiel tel que Husserl et

Heidegger pour légitimiser et crédibiliser notre travail

sophrologique thérapeutique.

Figure majeure de la phénoménologie, Husserl met en avant

l’importance capitale de l’expérience vécue du corps, au

travers du terme allemand « Leib » à savoir le corps propre, le

corps vécu.

Siège de nos expériences, de nos sensations, de nos

émotions, c’est à travers lui que nous faisons l’expérience du

monde, que nous le percevons et le comprenons.

C’est le fondement de notre expérience du monde, lieu où se

déploient et se développent nos prises de conscience, nous

permettant de porter un regard nouveau sur nous- même, sur

notre propre existence et sur notre rapport au monde.

En effet, le travail sophrologique par le biais des différents

degrés des pratiques et de son entretien continu dans la

répétition vivantielle, vient mobiliser les caractéristiques du

Leib comme la mienneté, terme philosophique peu courant

avec pour synonyme l’égoïté, à savoir qu’il est avant tout

mien, indissociable de ma conscience et qui me permet de

me percevoir comme un être unique, distinct des autres et

donc intimement lié à notre être et au fait d’être soi-même.

La motilité sous-tend un corps qui agit, se meut dans l’espace

et cette dimension est essentielle pour comprendre notre

rapport et regard au monde, animée par une force vitale qui

nous amène à nous engager consciemment dans nos actions,

à faire des choix et à prendre des décisions.

De là, il en découle la spatialité du Leib qui occupe une place,

se situe et se constitue dans l’espace à partir de notre

expérience du monde et nous permet par la suite de nous

orienter, de prendre des directions propres à nos

agissements.

L’expérience d’une temporalité nouvelle par le corps vécu

permet de revisiter l’histoire liée à la mémoire, à l’anticipation

et à la conscience de soi pour façonner notre manière d’être

au monde.

Dans la continuité de ces propos, Heidegger ne peut pas ne

pas être un de nos référents théoriquement philosophiques

pour crédibiliser notre posture d’accompagnant -

sophrothérapeute et surtout de valoriser l’expérience

vivantielle de la pratique sophrologique.

Dans Être et Temps, son œuvre principale, il met en avant le

corps vécu comme un élément constitutif de notre être au

monde, à savoir une réalité vécue, intimement liée à notre

parcours de vie, à notre perception, à notre regard et à notre

engagement dans le monde …et donc à un Mode d’être au

monde.

Le corps vivant représente concrètement ce lieu d’être au

monde où se trouvent enfouies nos capacités, nos possibilités

d’être, à savoir cet espace où se joue notre rapport à l’être en

soi.

Ce terrain de « Je » conscient – le Moi Phronique – contribue

à réguler la rythmique de notre parcours de vie en tenant

compte de cette temporalité interne, au rythme de ma

respiration consciente, participative dans la mise en œuvre de

nos potentialités et à l’ouverture de notre champ de

conscience.

En effet, l’être humain n’est pas un présent figé, mais un être

en mouvement, projeté et tourné vers un advenir, habité par

le passé qu’il soit satisfaisant ou douloureux et vivant

consciemment dans le présent.

Cette configuration souligne l’imbrication profonde entre

l’homme et son environnement, n’étant pas isolé dans le

monde mais en relation constante avec le monde qui

l’entoure et dans lequel il se positionne en s’éprouvant

consciemment.

La réduction sophrologique, « principe actif de notre

médicament », contribue certes à nous ancrer dans l’instant

présent, de façon plus ou moins plus sereine, libéré du passé

et du futur, dégagé-affranchi de tous les contenus mentaux

pour développer cette conscience phénoménologique, de

percevoir le monde tel qu’il est, comme si c’était la première

fois sans jugement ni interprétation, un monde nouveau.

Cet espace environnant, nouveau dans notre perception et

notre regard, est donc un lieu de déploiement des possibilités

de l’être, des actions à venir et de compréhensions nouvelles.

Cet être là est un être avec les autres, dont les relations

interpersonnelles sont essentielles à la constitution de son

identité, de sa singularité et qui se définit en partie par les

relations avec les autres.

De ce corps vivant, de cet être là au corps parlant, concept au

cœur de la réflexion de Merleau-Ponty, le corps vivant est

bien plus qu’une enveloppe biologique, qu’un simple objet

dans le monde au service de la pensée, mais du coup, un

véritable lieu d’émergence du langage.

L’entretien continu du schéma corporel dans sa réalité vécue

qui contribue à notre perception du monde et de nos actions,

de manière subjective et intersubjective, nous permet de

nous situer dans le monde et d’entrer en relation avec les

autres : de ce fait, le langage est une expression de notre

corps propre et donc parler, ne relève pas d’une simple

externalisation de nos pensées préexistantes, mais d’un

processus dynamique en conscience, de mettre en mots notre

expérience vécue présentement, et donc notre façon d’être

au monde.

Le langage incarné est une manière de donner sens à nos

émotions, sensations, perceptions et donc à notre sentiment

d’être là, d’être le Là dans le monde.

Le concept de dasein propre à Heidegger vient confirmer que

l’être là -traduction de base en français- n’est pas simplement

un individu parmi d’autres dans le monde, mais un être

différent qui se différencie par sa capacité à se poser la

question de son être, un être qui est toujours déjà là, à savoir

un être situé dans un monde qu’il habite, qu’il investit et qu’il

co - construit.

Cette capacité de Réflexivité est le cœur de l’expérience

humaine ; détaché de lui-même, il s’autorise à se regarder

comme un objet d’investigation, cet être jeté dans un monde

qui implique une compréhension implicite du monde, une

certaine familiarité avec les objets et les diverses situations à

vivre et à partager.

Cette dynamique de la conscience de soi ne peut pas ne pas

révéler la fragilité de notre existence et la finitude de notre

existence, à savoir la Mort.

Cette angoisse, émotion fondamentale du Dasein, peut

l’amener soit à fuir en se réfugiant dans des activités

inauthentiques – faire pour faire – soit à s’accepter tel qu’il

est et à vivre présentement une existence parfaitement

authentique, en totale harmonie avec lui-même, ses besoins,

ses désirs et envies, au service de tout son être.

Positivement, cette angoisse nous pousse à nous interroger

sur le sens de notre vie, à porter toute notre attention sur nos

capacités à poursuivre le chemin, pas à pas, debout, la tête

haute et à partager librement nos pensées par nos paroles

incarnées.

Si la sophrologie existentielle relève d’une approche

holistique de l’être humain, il est évident qu’un

accompagnement sophrothérapeutique accorde une

importance capitale à l’incarnation de la parole.

En effet, loin d’être un simple outil de communication, la

parole incarnée se veut être un vecteur puissant de

transformation intérieure, au travers d’une exploration

intérieure, d’un moyen de se connecter à soi-même et au

monde qui nous entoure et d’éveiller cette conscience de soi.

L’accompagnement sophrothérapeutique vient préciser

l’apport de la pratique sophrologique dans l’importance

valorisée de cette parole incarnée, partagée lors de la phéno-

description dans cet espace de confiance où le consultant se

sent en sécurité pour se confier et progressivement favoriser

le développement du processus de restauration des assises

profondes, à savoir narcissiques.

Si la sophrologie est l’étude et la connaissance de la

conscience humaine et des moyens divers par lesquels celle-ci

peut être apaisée, éveillée, en mouvement créatif, elle est

également une psychothérapie à médiation corporelle,

maintenant le lien entre langage, imaginaire, symbole et bien

entendu corporalité.

Antonio Damasio, neurologue renommé, a grandement

contribué à révolutionner notre compréhension de la

conscience et de l’esprit en mettant en avant le rôle central

du corps dans nos processus cognitifs, y compris le langage.

La parole est une expérience corporelle complexe du fait que

les émotions colorent nos paroles, de part nos souvenirs

sensoriels relevant de nos expériences passées et en font des

paroles plus expressives.

Les neurosciences ont confirmé l’implication des mécanismes

cérébraux sous-jacents à la production et à la compréhension

du langage :il rappelle que les pensées et les émotions ne

sont pas uniquement des produits de notre cerveau, mais

qu’elles sont profondément ancrées dans les sensations

corporelles. Associées à des changements physiologiques,

notre expérience subjective en est sous l’influence.

De plus, l’interconnexion entre le corps et l’esprit confirment

la complexité de la communication humaine et les difficultés

d’échanges avec les autres.

La parole incarnée est une manifestation de notre être tout

entier, un reflet de nos expériences, de nos émotions et bien

entendu de notre histoire personnelle.

Le concept de marqueurs somatiques relève de signaux

physiologiques associés à des expériences émotionnelles

vécues par le passé positives ou négatives et sont des signaux

qui agissent comme des sortes de « balises » qui impactent

nos choix et nos décisions. Ils nous permettent d’anticiper les

conséquences de nos actions et d’orienter nos

comportements et donc nos paroles incarnées, de manière à

maximiser les récompenses et les satisfactions nouvelles et de

minimiser les punitions et les déceptions.

L’incarnation est un processus dynamique qui nous ouvre à de

nouvelles perspectives et enrichi notre compréhension de ce

qui fait de nous des êtres humains.

Tout comme le soulignait Jacques Donnars, l’incarnation est

un processus certes dynamique, mais également créateur de

sens et dont la parole incarnée en est la singularité, à savoir

l’être au monde, en tant que sujet une parole qui porte une

vibration qui se ressent physiquement tant chez celui qui

parle que chez celui qui écoute ; une parole qui émerge de

l’inconscient et qui permet d’exprimer des émotions,

sensations et des pensées enfouies, souvent inaccessibles par

la pensée rationnelle ; une parole qui transforme en donnant

une voix à des non-dits.

Du point de vue pratico-pratique, la mise en place de l’état

modifié de conscience au travers de la mobilisation

respiratoire, un état particulier de transe permet l’accès du

consultant plus ou moins rapidement aux processus

inconscients, à des ressentis, à des émotions qui vont

l’amener à une liberté d’expression de mots, d’images, de

fantasmes, de pensées qu’il n’a pas naturellement l’habitude

d’émettre en dehors de ce cadre d’Alliance dans

l’accompagnement.

La sophrothérapie est certes une démarche de rencontre de

soi dans une première étape de Découverte, d’explorer son

monde intérieur, puis de Conquête, à savoir de renforcer son

estime de soi en développant sa confiance en soi, et de

Transformation psycho – neuro – émotionnelle, et donc

hormonale, mais c’est évidemment, également une démarche

de rencontre de l’autre.

En parlant, nous exprimons non seulement nos pensées

conscientes, mais aussi des aspects plus profonds de notre

psyché, souvent inconscients : la parole incarnée devient ainsi

un miroir qui reflète nos émotions, nos désirs, nos peurs, nos

contradictions et donc un outil précieux pour la croissance

personnelle.

Le fait d’exprimer ce qu’on vit, ce que l’on reçoit lors d’une

relaxation, permet à la personne de se rendre compte de ces

scénario de pensées, de ses croyances limitantes et de ses

comportements répétitifs dans lesquels elle peut en réaliser,

en être à l’origine et se sentir y être bloqué, enfermé : le

processus de conscientisation va renforcer leur intégration et

leur compréhension.

L’accompagnement sophrothérapeutique en fonction de sa

durée, apporte progressivement de nombreux bienfaits que la

parole incarnée, à savoir l’expressivité de cette individualité

viendra épanouir pleinement et en écoutant la parole de

l’autre, a favoriser l’empathie, créant un espace de dialogue

plus profond et plus sincère, participant grandement à

communiquer de manière plus constructive et à résoudre les

conflits de manière pacifique.

Pour rappel, l’empathie est la capacité de comprendre, de se

représenter et de ressentir les émotions d’autrui ; ainsi fait, la

parole incarnée agit comme un vecteur intense pour éveiller

cette résonnance empathique, car elle transmet non

seulement le contenu intellectuel, mais aussi l’émotion et

l’intention profonde.

L’empathie se veut naturelle lorsqu’on écoute une parole

incarnée, qui laisse transparaître les nuances émotionnelles

et ouvre à une écoute active, plus profonde de l’autre.

En effet, la manière dont nous parlons, le ton, les gestes, la

posture, a un impact considérable sur la façon dont nous nous

percevons et surtout comment les autres nous perçoivent : de

ce fait, la parole incarnée est intimement liée à l’estime de

soi : un langage corporel fermé, pauvre, inauthentique

viendra alimenter des doutes et affaiblir l’estime de soi.

En effet, une parole incarnée peut révéler la vulnérabilité de

celui qui parle, ce qui amène l’autre à répondre avec

empathie, en se sentant compris dans sa propre humanité, à

savoir une vulnérabilité partagée.

L’empathie mise en action est un premier pas vers la

compassion où la parole incarnée peut apaiser, rassurer ou

encourager, favorisant une réponse compassionnelle

authentique.

Si le concept de parole incarnée relève du lien profond entre

le corps et le langage, cette parole est une manifestation

physique habitée de notre pensée et de notre être, et donc

l’expression de l’énergie vitale qui anime chaque être humain.

Sans aller plus loin dans cet aspect faisant référence à

Wilhelm Reich, ardent défenseur de la libération sexuelle, la

parole incarnée est un outil indispensable pour lutter contre

la répression sexuelle et permettre à chacun de vivre sa

sexualité de manière plus libre et épanouie. L’orgone terme

employé par Reich, anime tout être vivant ; la parole en est

une manifestation authentique et originale, dès l’instant où

au travers de la réactualisation continue du schéma corporel

dans sa forme, la base même de l’accompagnement

sophrologique, l’armure musculaire se décharge, se dégage

consciemment des blocages émotionnels, s’assouplie en

favorisant une meilleure intégration de soi.

Avant de conclure, je vous partage une citation de Saint-Jean :

« Et le verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »

A première vue, ces paroles peuvent paraître mystérieuses,

voire même bizarres : tout compte fait, tout homme est né, il

est devenu chair pour habiter parmi les hommes dans le

monde.

C’est ainsi que vient au monde le petit de l’homme : cette

chair a un nom ; chair et nom forment un corps et confirment

le lieu inaliénable du sujet qui parle en ce lieu et en ce nom.

Le sujet qui parle, c’est le rapport des deux - chair et nom -,

qui les lie et les relie et c’est par, dans et à travers ce rapport

qu’il se rend présent à lui-même et aux autres, qu’il se

représente parmi les autres.

C’est en lui donnant une chair et en lui nommant un nom, que

les parents accueillent l’enfant et lui donnent la possibilité de

recevoir, d’accéder et de prendre la parole.

Parole incarnée, il habite certes parmi les hommes, mais il

s’agit d’avoir une parole pour être le sujet d’une histoire et

d’un discours. Lorsqu’une parole ne vient pas conjuguer la

chair et le nom de l’enfant, tout se passe de tel sorte que

l’enfant ne parvient pas à habiter son corps.

Cette déshabitation du corps par la parole rend l’enfant

étranger à lui-même et aux autres jusqu’à dire qu’il n’est pas

normal, en tout cas pas comme les autres.

C’est ainsi qu’il se vit comme exclu de lui-même et donc il

n’habite pas parmi les autres : n’ayant aucune place, il se

cherche indéfiniment et le manque de parole n’établit pas ce

rapport d’identité.

Il est certes là, absent de lui-même sous les apparences de la

présence : il n’a pas reçu la lumière de la parole qui éclaire

tout petit de l’homme venant en ce monde, qui le situe dans

l’espace et le temps d’une vie, dans une histoire.

Pour terminer cette présentation, c’est avec humour que je

vous partage ma parole : « moi, je sais pourquoi je me

relaxe. »

Un travail sophrothérapeutique a pour but un changement,

une transformation, une évolution et plus particulièrement la

découverte d’une autre façon de vivre, de se vivre et d’être au

monde : il s’agit d’un processus qui permet un mouvement de

la psyché à partir d’un corps à vivre, un corps vivant.

Ce mouvement est une invitation continue à découvrir, voire à

redécouvrir notre propre corps comme lieu de notre être au

monde, un lieu d’expériences riches, complexes et

vivantiellement participatif à notre bien-être psychologique, à

savoir un corps parlant, une parole incarnée.

La parole incarnée est un processus dynamique , un outil de

transformation, permettant de mieux se connaître, d’exprimer

une vérité intérieure qui signifie que ce qui est dit n’est pas

dissocié de ce qui est ressenti et vécu et elle donne l’accès à

un redéploiement vivant, à savoir notre humanicité, et bien

que le terme soit peu reconnu et pas défini de manière

formelle dans les dictionnaires, l’humanicité sous-tend

l’ensemble des traits, valeurs ou comportements définissant

les êtres humains dans leur rapport au monde avec les autres

comme si c’était la première fois, en contraste avec une

société focalisée sur la technologie, le profit, la perfection et

l’individualisme.

L’ensemble des éléments mis en relief lors de mon

intervention, relève de manière concrète des différents

accompagnements sophrothérapeutiques dont la durée et

l’impact du processus sophrologique sont propres à chaque

consultant et bien entendu, que la relation d’alliance

thérapeutique contribue parfaitement au mouvement de

transformation, à savoir l’ouverture du champ de conscience

pour tendre à un positionnement d’être habité, sécurisé, à

une parole incarnée, authentique dans un redéploiement au

monde et avec les autres en plein épanouissement.

« C’est possible certes, mais n’étant pas des êtres finis, nous

ne pouvons pas ne pas reconnaître que nous sommes des

êtres fragiles, à la fois porteurs de nos potentiels d’advenir, de

bien -être et de nos peurs en vue de notre finitude. »

Merci pour votre écoute et votre attention…

YANNICK FRIEH, directeur ESSA Strasbourg, Psychopraticien




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Partenaires Société Française de Sophrologie

Société Française de Sophrologie (SFS) : www.sophrologie-francaise.com

Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse (F.F.2.P) : www.ff2p.fr

Syndicat des Sophrologues Professionnels (S.S.P.) : www.syndicat-sophrologues.fr

Association Européenne de Psychothérapie (E.A.P.) : www.europsyche.org association.apse33@gmai.com

Association des Sophrologues Professionnels Existentiels de l'Est (ASP2E) : www.sophrologie-asp2e.fr